Fondements – Mira Umbra Éditions
Fondements – Mira Umbra

Fondements

Les données actuelles montrent un écart entre savoir… et protection réelle.

11,6 % des adultes déclarent des atteintes psychologiques dans le couple
272 400 victimes recensées en France en 2024
14 % seulement des victimes signalent les faits

Source : INSEEinsee.fr

L’information permet de comprendre.
Mais elle ne suffit pas toujours à sortir d’une dynamique.

Un autre écart apparaît : celui entre la perception que nous avons de notre lucidité… et notre capacité réelle à repérer l’influence.

Les données chiffrées confirment que la perception humaine est souvent biaisée dans les contextes d’abus : une proportion importante de victimes ne reconnaît pas la violence ou la requalifie en amour, la violence psychologique est particulièrement mal perçue, et des biais attentionnels et cognitifs altèrent la lecture de la réalité.

La majorité des individus échoue à identifier correctement les mécanismes de désinformation, malgré un sentiment de confiance élevé.

lecourrierdesstrateges.fr

74 % des individus pensent savoir distinguer le vrai du faux, alors que 66 % adhèrent à au moins une fausse information lorsqu’ils sont testés.

ipsos.com

Autrement dit : le problème n’est pas seulement de comprendre. C’est de regarder.

Cette limite ne concerne pas uniquement la désinformation. Elle traverse les relations, les choix, les interactions.

Ce n’est pas un manque d’intelligence.
C’est une difficulté à percevoir ce qui est en train de se jouer.

La perception déformée

Les recherches montrent également que, dans les relations abusives, la perception est souvent déformée : victimes, auteurs, proches et même professionnels sous‑ ou sur‑évaluent la gravité, ne reconnaissent pas toujours la domination, ou la normalisent.

Sous‑reconnaissance de la domination par les victimes

Dans une étude coréenne, après l’apparition du contrôle, 38,9 % des femmes ne pensaient pas qu’il s’agissait de violence, et 32,1 % croyaient que les comportements de contrôle venaient de l’« amour » du partenaire.

D’autres travaux montrent que les victimes peuvent minimiser la gravité pour réduire la dissonance (« si je reste, ce n’est pas si grave ») et par désensibilisation à la violence répétée.

Dans des études qualitatives, beaucoup de femmes décrivent le contrôle comme « lentement, au fil du temps, on se perd complètement », ce qui illustre une perte progressive de repères et d’agentivité.

Smyth, M., Teicher, S., & Wilde, D. (2023). How Does Denial, Minimization, Justifying, and Blaming Operate in Intimate Partner Abuse Committed by Men: A Systematic Review of the Literature. Trauma, Violence, & Abuse, 25, 1853.

Pourquoi comprendre ne suffit pas – Mira Umbra

Travaux de Franz Carl Müller-Lyer

Il existe une illusion d’optique très connue, découverte par le physicien allemand Franz Carl Müller-Lyer en 1889.

Deux lignes y apparaissent. L’une est terminée par des flèches tournées vers l’intérieur. L’autre, par des flèches ouvertes vers l’extérieur. À première vue, tout semble indiquer que l’une est plus longue que l’autre.

Pourtant, elles sont strictement identiques.

Le cerveau le sait. Mais il continue malgré tout à percevoir une différence.

C’est là que cette illusion devient intéressante : elle montre que la connaissance ne suffit pas toujours à transformer la perception.

Et dans certaines relations, le mécanisme est similaire. Une personne peut reconnaître qu’un lien est instable, ambigu, déséquilibré… et continuer malgré tout à le ressentir comme rare, intense, profond ou porteur de quelque chose d’important. Non pas parce qu’elle « ignore ». Mais parce que percevoir et comprendre ne mobilisent pas exactement les mêmes mécanismes.

Le savoir peut nommer une réalité. Mais cela ne signifie pas que le système perceptif, émotionnel ou relationnel l’a déjà intégrée.

Les travaux de Daniel Kahneman montrent que connaître un biais ne protège pas de ses effets. Même lorsqu’une illusion est identifiée, la perception reste influencée. Il existe donc un écart entre ce que nous savons… et ce que nous percevons réellement.

Les recherches en psychologie indiquent que les individus peinent souvent à évaluer avec précision ce que l’autre ressent, pense ou perçoit dans le lien. Il existe fréquemment un décalage entre la manière dont une relation est vécue… et la manière dont elle est réellement partagée.

pmc.ncbi.nlm.nih.gov

Ce décalage peut conduire à des interprétations biaisées, à des projections, ou à une confusion entre le désaccord… et la nature du lien lui-même.

Les expériences de Stanley Milgram mettent en évidence une tendance structurelle à la soumission à l’autorité. Dans certaines conditions, une part importante des individus peut agir à l’encontre de ses propres repères, dès lors qu’une autorité est perçue comme légitime. Ce qui se joue n’est pas toujours conscient. Et c’est précisément ce qui le rend difficile à voir.

Professionnels / Spiritualité / Religieux

Dérives sectaires et emprise thérapeutique – Mira Umbra

L’emprise thérapeutique est un processus relationnel de domination psychique dans lequel la relation d’aide se transforme en rapport de sujétion, marqué par la dissymétrie du pouvoir, la captation de la confiance, la dépendance affective et cognitive, et parfois l’isolement de la personne au détriment de son libre arbitre.

En France, les dérives sectaires à composante thérapeutique représentent environ un quart des signalements reçus par la Miviludes, avec une forte concentration dans le champ de la santé et du bien-être.

37 % des signalements Miviludes : santé et bien-être (2022–2024)
35 % des signalements : cultes et spiritualités
25 % des signalements : dérives sectaires dans le domaine de la santé

allodocteurs.fr / leparticulier.lefigaro.fr

On peut dire que le thérapeute captant l’autorité symbolique agit sur un terrain où les catégories de perception du patient sont déjà préparées à reconnaître une légitimité au savoir spécialisé. Si la personne a été socialisée dans des univers où l’on valorise fortement l’expertise, la parole savante ou la soumission au diagnostic, l’emprise peut se renforcer parce qu’elle semble « normale », « sérieuse » ou « professionnelle ».

Dérives

Les dérives décrites dans les textes cliniques incluent le contre-transfert addictif, la difficulté à maintenir le cadre, la tentation de sauver le patient, ou au contraire le déni des affects suscités par la cure. On trouve aussi des risques de confusion des places, de surinvestissement émotionnel et de passages à l’acte.

L’emprise thérapeutique correspond à une pathologie du cadre et à un usage potentiellement coercitif de la position de soin.

Les stratégies les plus fréquentes sont : contrôle de la vie sexuelle et affective, affaiblissement de l’état psychophysique, manipulation de l’information.

Abus spirituels

On connaît encore peu les facteurs sous-jacents qui composent le concept plus large d’abus spirituel. Un total de 66 propositions de questionnaire a été extrait de la littérature quantitative et qualitative existante sur les abus spirituels, en se concentrant à la fois sur les événements externes et sur les états internes qui résultent fréquemment de ces abus.

Development of the Spiritual Harm and Abuse Scale — Daniel Koch, Leihua Edstrom. First published: 02 May 2022. doi.org/10.1111/jssr.12792

En France, il existe des chiffres robustes sur les abus sexuels d’enfants liés à l’Église catholique (environ 0,8 % de la population, soit ~213 000 victimes depuis 1950). En revanche, pour l’abus spirituel au sens large, les données sont surtout qualitatives. Une estimation interne suggère que les abus spirituels dans l’Église ne seraient qu’une petite partie de tous les abus spirituels, mais il n’existe pas encore de grande enquête nationale donnant des taux de prévalence précis.

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Pourquoi comprendre ne suffit pas

Comprendre une dynamique ne suffit pas à en sortir. Vous pouvez analyser, décoder, mettre des mots… et continuer à reproduire les mêmes schémas.

Parce que ce qui agit dans les relations ne passe pas uniquement par le mental. Ce sont des mécanismes plus rapides, plus anciens : perceptions immédiates, mémoires émotionnelles, réactions automatiques.

Les approches uniquement explicatives atteignent une limite : elles parlent à ce qui réfléchit… mais pas à ce qui réagit.

C’est là que l’image intervient.
Elle contourne les résistances.
Elle traverse le déni.
Elle donne accès à une autre forme de perception.

Ce que vous ne pouvez pas entendre… vous pouvez parfois le voir.
Et à partir de là, il devient difficile de l’ignorer.

« La plus belle émotion que nous puissions éprouver est le mystère. C’est l’émotion fondamentale qui se trouve au berceau de tout art et de toute science véritables. »

Albert Einstein

L’immersion et les images symboliques peuvent vraiment aider dans l’accompagnement.

Les études montrent que des dispositifs immersifs (visualisation guidée, états modifiés d’attention, environnements impliquants) et des images symboliques/archétypales soutiennent la prise de recul, la mise en mots et la transformation du trauma, y compris après abus.

Les métaphores visuelles permettent d’articuler ce qui est « au‑delà des mots », de reframer l’expérience et de construire une nouvelle identité narrative, avec un sentiment accru d’agentivité et de voix personnelle.

Les métaphores visuelles permettent d’exprimer ce qui ne peut pas encore être dit, et de reformuler l’expérience de façon symbolique, soutenant la transformation du sens.

Images métaphoriques et symboliques – Mira Umbra

Ce que ces données montrent

L’information ne protège pas totalement. Même avec de la connaissance, une part importante des personnes reste engagée dans des dynamiques qu’elle identifie pourtant comme problématiques.

Art et régulation émotionnelle

Les approches utilisant l’image et la création montrent :

Anxiété

Diminution mesurée jusqu’à ~25 % dans des contextes d’art-thérapie.

Stress post-traumatique

Réduction des symptômes de l’ordre de ~40 %.

Bien-être émotionnel

Amélioration globale et atténuation des tensions internes.

Résistance cognitive

Contournement de la pensée rationnelle, réduisant la censure consciente

Ces résultats sont observés dans des contextes d’art-thérapie. Ces approches ne remplacent pas un accompagnement thérapeutique. Elles soutiennent néanmoins des fonctions essentielles : régulation émotionnelle, expression, clarté interne.

Ce que cela change

Dans les dynamiques d’emprise ou de confusion, comprendre ne suffit pas. Il devient nécessaire de :

  • percevoir autrement
  • ressentir différemment
  • réorganiser son expérience

Les observations convergent : confusion émotionnelle, dépendance affective, rationalisation, isolement progressif. Dans ces conditions, une personne peut comprendre… tout en restant engagée.

Mécanismes qui bloquent

  • le gaslighting altère la perception
  • la culpabilisation empêche la prise de distance
  • les promesses entretiennent l’attente
  • l’attachement et la peur maintiennent le lien

Le problème n’est donc pas uniquement un manque d’information. C’est une limite dans la capacité à percevoir et à agir.

Liens et colère – dynamiques d'emprise – Mira Umbra
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La faille : la perception

L’enjeu n’est pas seulement de comprendre une situation. Mais de voir comment elle est perçue.

C’est ici qu’intervient la métacognition : la capacité à observer ses propres pensées, réactions et interprétations. Non pas pour analyser davantage.

Mais pour créer une distance.
Entre ce qui est vécu… et la manière dont cela est interprété.
Dans cet espace, une bascule devient possible.

Archétypes et reconnaissance immédiate

Les images ne sont pas neutres. Certaines formes traversent les cultures et les époques. Elles correspondent à ce que la psychologie analytique a décrit comme des structures archétypales, notamment dans les travaux de Carl Jung.

Ces formes ne sont pas apprises. Elles sont reconnues. Une figure de domination. Une figure d’innocence. Une figure de manipulation. Sans explication, elles sont perçues.

Les récits modernes ont amplifié cette accessibilité, comme l’a montré Joseph Campbell.

Ce qui est reconnu n’est pas anecdotique. C’est l’activation de structures déjà présentes. Dans un contexte de confusion relationnelle, cette reconnaissance devient un levier.

L’image métaphorique ne demande pas un effort d’analyse.
Elle déclenche une lecture immédiate.
Ce qui était flou prend forme. Et ce qui prend forme devient visible.

Il ne s’agit pas d’imposer une interprétation. Mais de révéler ce qui est déjà perçu… sans être formulé.

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